« La disparition du conjuré »

Photo © Ernesto Timor - Méfiez-vous des miroirs

shot: mar 17 | printed: today | brittany | another world

La disparition du conjuré est naissance à une vie nouvelle, débarrassée des contraintes de l’espace et du temps.

Ils attendent qu’on les libère. Un mince filin les relie encore à la rive, mais les ponts sont depuis longtemps coupés. Et chaque soir, pour retarder le moment du retour, ils multiplient les tâches inutiles.

C’est à ce moment-là qu’on apparaît. Certains de rêver, ils se frottent les yeux, mais on est toujours là, évoluant avec une lenteur extrême, sans à-coup, comme si murs et cloisons n’existaient pas pour nous. On furète, ouvrant les tiroirs, explorant les poubelles. On passe nos mains sur les surfaces, cherchant les creux d’usure, les traces. Attentifs à tout, on n’attend rien de précis.

Ils reconnaissent notre discrétion : c’est la leur. Comme eux on courbe la tête, comme eux on marche sur la pointe des pieds. Mais notre effacement semble plénitude et notre insignifiance légèreté, quand leur vie à eux n’est qu’un perpétuel acte de présence sans joie. Toute la journée au bureau, ils disent oui, bien sûr, pardon, naviguant entre les remous, frappant de petits coups brefs sur les portes et souriant d’un air contrit. Et le soir, une fois rentré, il faut parler bas, pour ne pas déranger.

Alors ils guettent notre retour, jusqu’à l’épuisement. Et quand le sommeil les rattrape, ils rêvent d’ombres compatissantes se déplaçant sans effort et les invitant, d’un geste, à l’abandon.

Philippe Vasset, La Conjuration (éd. Fayard, 2013).
Des sommets de vassetitude, à fond dans les limites qui me sont chères…

Pas d’embrouille

Photo © Ernesto Timor -

shot: nov 15 | reprinted: today | paris | easy binding

Où je vous reparle en clair du projet Pour que tu ne perdes pas le fil !
En vrai ça se déroule tranquille ces petits préparatifs, et donc tout soudain les Lyonnais et les voyageurs pourront découvrir la face A et la face B d’Ernesto au cordeau !
Face A : accrochage de 8 grands tirages extraits de la suite Mes champs visuels.
Face B : Pour que tu ne perdes pas le fil, 7 ou 8 courts films photographiques, projetés le soir du vernissage : Jeff Duschek performera en live leur bande son post-rock !
Ces réjouissances sont proposées dans le cadre du vernissage de l’exposition Tiré au cordeau, avec aussi les images de Emre Orhun et Shneckewurst, et c’est jeudi 27 avril 2017 à partir de 19 h à La Méduze (Lyon 1er) !
Plus de détails sur tout ça : www.ernestotimor.com/cordeau

Retour de clic-clac

Photo © Ernesto Timor - clic-clac

shot: jan 07 | reprinted: jan 17 | paris | single bed [series]

Cette image est extraite de Clic-clac, une nouvelle arrivée au rayon séquences photographiques. Les images ont pile 10 ans d’âge, ce qui est tout frais c’est l’impulsion de compilation, le coup de flip-book presque (les images de la série sont au nombre de 33 !).

Dites 33, et le convertible venu du froid s’éveillera. […] Ce n’est pas ma seule tentative de performance photographique frontale sur canapé / divan / sofa, mais c’est la plus ancienne et quelque part la plus légère et jolie (des notions qui ne sont pas forcément en haut de mon échelle de valeurs infernale). Le suédois démonté n’y est pour pas grand chose, par contre la parfaite Marine y est pour beaucoup…

Extrait de la présentation d’intro.

A découvrir dans son intégralité en Enfer : Clic-clac [Single Bed]



Clic-clac (Un livret de la collection Petites histoires pour ne pas dormir)

Photo © Ernesto Timor

shot: jan 07 | reprinted: jan 17 | paris | single bed [series]

Dites 33, et le convertible venu du froid s’éveillera. 33 est le nombre déraisonnable d’images que contient ce Clic-clac [Single Bed]… qui se feuillette presque comme un flip-book, les agiles du clic y perdront bien moins que 33 secondes… A l’origine, putain 10 ans, j’en avais publié une sévère sélection d’une demi-douzaine, et puis hop à la trappe.
Ce n’est pas ma seule tentative de performance photographique frontale sur canapé / divan / sofa, mais c’est la plus ancienne et quelque part la plus légère et jolie (des notions qui ne sont pas forcément en haut de mon échelle de valeurs infernale). Le suédois démonté n’y est pour pas grand chose, par contre la parfaite Marine y est pour beaucoup…
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En attendant la fille du père Noël

Et non je ne m’appelle pas Jean-Balthazar. Quoique, il y a bien des cieux où l’on m’appelle Jean-Nesthor… Ça me fait penser que cette image ne va pas longtemps rester seule, la petite robe écarlate non plus, une mignonne séquence de derrière les fagots arrive ces jours-ci. Si mignonne que j’hésite à la mettre en Enfer (d’ailleurs je n’y enferme plus personne, avez-vous noté ?)…

[Edit du 1er janvier 2017] La séquence est achevée et en ligne comme prévu à cette adresse…

Un plan canicule (Un livret de la collection Le collodion humide)

Photo © Ernesto Timor - Un plan canicule

shot: aug 12 | reprinted: today | near lyon | shower must go on [series]

Un plan canicule [Shower Must Go On], collection Le collodion humide.

Angy Mini est dans la tourmente. Une première version avait paru l’été de la prise de vue, limitée à quelques abstractions optiques. En voici la projection intégrale, maintenant qu’il est tout-à-fait clair qu’il n’y a plus de saisons.

 

 

 

 

 

 

 

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La chambre claire

Photo © Ernesto Timor

shot: sept 15 | printed: today | liège (belgium) | camera lucida

… qui est aussi une antichambre de salle d’attente. Car une Salle d’attente, quatrième du nom, est sur l’établi, et ce n’est pas encore cette fois qu’on y verra une vraie salle d’attente d’aéroport (peut-être jamais, d’ailleurs). Et cette image a des comparses qui, assemblées en mouvement, devraient faire une belle salle de bal pour la Mort — elle aura le choix des fenêtres par où sauter, la bougresse. L’affaire de quelques heures/jours et la projection sera réalité…

[Edit du 12 mars] C’est chose faite : Salle d’attente #4.

Vanité des beautés métropolitaines

Photo © Ernesto Timor - Marine contemplant le métro aérien, Paris

shot: mar 08 | printed: today | paris | you tube

Debout, Gabriel médita puis prononça ces mots :
— L’être ou le néant, voilà le problème. Monter, descendre, aller, venir, tant fait l’homme qu’à la fin il disparaît. Un taxi l’emmène, un métro l’emporte, la tour n’y prend garde, ni le Panthéon. Paris n’est qu’un songe, Gabriel n’est qu’un rêve (charmant), Zazie le songe d’un rêve (ou d’un cauchemar) et toute cette histoire le songe d’un songe, le rêve d’un rêve, à peine plus qu’un délire tapé à la machine par un romancier idiot (oh ! pardon).

Raymond Queneau, Zazie dans le métro


Mythologies domestiques

Photo © Ernesto Timor

shot: apr 07 | printed: today | paris | homemade fairy tales

C’était comme un pilote (en photographies) pour un livre sur Paris, où les chambres d’hôtel cramoisies auraient eu la vedette. Plan foireux s’il en fut, mais j’y ai vécu deux-trois clichés lynchiens que je ne regrette pas…

Il paraîtrait que c’est un peu l’époque où rituellement je mets le feu à mon château de cartes photographiques. Certaines années j’aurais à moitié incinéré mon site (comme jadis des images en papier) genre merci continuez sans moi, d’autres années au contraire j’aurais procédé à la mise à feu fébrile d’une nouvelle fusée-vitrine (qui elle aussi finit par retomber en nuage de cendres un jour ou l’autre, hein de toutes façons). Je veux bien vous croire, je n’ai pas de souvenir net de ces choses. Oui il se peut qu’il y a 2 ans j’aie suspendu Irregular pour me coltiner quotidiennement le défi de remplir Malaxe, et puis que l’an dernier le nouveau site ait pointé son museau à cette période, engloutissant sur son passage le dédale de mes anciennes galeries. Mettons.
Cette année je ne touche pas aux murs. Par contre la manie dangereuse de faire du neuf avec du vieux ne m’a toujours pas quitté, alors voici ce que je vais mettre en place ! Sous le subtil titre Plein les fouilles, je vais poster des images anciennes jusqu’ici ignorées, de moi y compris. J’ai entamé un chantier de catalogage nouveau de mes images brutes (les négatifs, si vous voulez), je vois remonter à la surface quantité de photographies insoupçonnées et oubliées, passées un peu vite à la trappe lors d’un premier tri, qui manquait d’attention ou de pertinence. Ou simplement mes goûts ont changé. (En espérant que cette brève saga sera distrayante et ne tournera pas pas en ode à l’indécision ou à la nostalgie, s’pas…) Bref, ces fringantes revenantes je leur dis bonjour, avec mon regard de maintenant, avec ma manière de traiter/tirer qui a pu un peu changer aussi.
Parfois je gloserai un peu dessus, parfois pas, y aura juste la date de prise de vue, comme d’hab…



Pour que tu ne te perdes pas dans mes greniers

Photo © Ernesto Timor

shot: oct 15 | printed: today | lyon | stuck in the attic

« Ce sera difficile de la mettre à la porte. Et puis on la connaît bien dans le quartier… On lui a même donné un surnom…
— Lequel ? »
J’étais vraiment curieuse de le savoir. Et si c’était le même que celui qu’on lui avait donné il y a vingt ans ?
« On l’appelle Trompe-la-mort. »
Elle l’avait dit gentiment, comme s’il s’agissait d’un surnom affectueux.
« Quelquefois on a l’impression qu’elle va se laisser mourir, et puis le lendemain, elle est fringante et aimable, ou bien elle vous balance une vacherie. »
Pour moi, ce surnom prenait un autre sens. J’avais cru qu’elle était morte au Maroc et maintenant je découvrais qu’elle avait ressuscité, quelque part, dans la banlieue.

La Petite Bijou, Patrick Modiano.

 

Trompe-la-mort a longtemps été le nom de mon site, j’y ai renoncé il y a bientôt deux ans, lors de la refonte du bazar, dans un élan de simplification et d’envie de me rendre plus lisible (ne riez pas). Les Galeries Trompe-la-mort sentaient un peu trop le drame et la poussière… Belle ironie de buter sur ce fantôme-là aussi au détour d’une page de Modiano, encore et encore… !

Quant à la photo, nouveau micro-voyage dans mes greniers, c’est une indiscrétion de plus sur mon projet qui se tisse dans l’ombre ces temps-ci, Pour que tu ne perdes pas le fil…

Jeu de société pour solitaire

Photo © Ernesto Timor

shot: aug 10 | printed: today | distant outskirts of paris | mikado’s bride [series]

L’Enfer vient d’accueillir dans la chaleur de ses rayonnages La fiancée du Mikado [Mikado’s Bride], une sombre étrangeté qui prend place dans la collection Passes et passages. L’image ci-dessus en est une oubliée ou une inédite, selon comment on voit les choses…



La fiancée du Mikado (Un livret de la collection Passes et passages)

Photo © Ernesto Timor

shot: aug 10 | reprinted: today | distant outskirts of paris | mikado’s bride [series]

La fiancée du Mikado [Mikado’s Bride] combine en trois chapitres inégaux plusieurs visites d’une jeune femme à la maison aux bambous. Aussi surprenant que cela paraisse, il n’y a là aucune intervention de ma part sur le décor, ni intention artistique de qui que ce soit : rien que des bambous coupés, mis à sécher, stockés là où y avait de la place. Ça n’empêche pas de rêver un peu…

Photographiées en 2009 et 2010, ces vues sont quasi toutes inédites. Et pour les rares déjà vues ici ou là (le vertige de couverture, ou plus loin une nature morte exposée parmi les Incartades), elles retrouvent enfin leur contexte de naissance. Cette étrangeté prend place dans la collection Passes et passages.
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Chambre d’écho #2 : mes aventures avec le marbre

Photo © Ernesto Timor

shot: oct 15 | printed: today | essonne (distant outskirts of paris) | walk on the wild side

Deuxième moment de synchronicité prélevé dans ces toutes fraîches journées essonniennes. Nous sommes ici au Château de Villiers à Draveil, dans la suite où s’accrochent mes Incartades. La visiteuse et amie (cette présence-là n’est pas le fruit du hasard) est à la fois présente en chair et en os et dans plus d’une photo de ce projet, jusque là on est dans la norme d’écho communément admise sous les latitudes timoriennes (plusieurs de ces traces doucement anecdotiques sont à retrouver sur la page de l’expo) ! Là où ça me dépasse l’entendement, c’est quand le sol en marbre de la salle d’exposition (que je ne saurais dater, mais ça remonte à loin) se révèle identique à celui de ma photographie des bambous fortuits dans un pavillon des Yvelines : motif strictement identique, jusqu’à l’a perspective qui se prolonge… Je vous laisse réfléchir là-dessus.