Y a-t-il une vie après les prolongations ?

Photo © Ernesto Timor - Espace nu

shot: sept 10 | reprinted: today | paris | the empty project

Le joli mois de mai n’est plus, et avec lui s’achève mon expo (prolongée) à La Méduze. De quoi se sentir un peu vide et désemparé, quand on a quelque souci avec l’impermanence, d’où cette image en forme de lot de consolation symbolique, sans doute. Pour regarder vers l’avenir, Mes champs visuels s’exposeront sans doute encore, flanqués de la projection-concert expérimentée avec bonheur grâce à mon comparse Jeff Duschek autour de Pour que tu ne perdes pas le fil. Toute proposition d’accueil de tout ou partie de ce projet sera étudiée avec la plus grande attention, n’hésitez pas à faire signe, si vous êtes organisateur-trice ou connaissez quelqu’un qui… ;-)

Comme un aviateur dans un ascenseur

Photo © Ernesto Timor - Part-Dieu

shot: jan 17 | printed: today | lyon | give me a lift

Je suis sorti, je me suis arrêté sur les marches, l’avais-je bien remerciée, ou alors j’étais parti en murmurant mon au revoir, et merci ? Il m’arrive de parler plus bas que terre comme qui dirait. Je me souviens de plus en plus mal des choses du jour. Parfois, mes pas me mènent vers l’avant mais ils pourraient aussi bien décider de faire demi-tour, ou de m’avancer en arrière. La pluie s’était arrêtée. J’ai espéré qu’on ait de la neige ces prochaines semaines pour le plaisir enfantin que ça me donne, et puis, parce que j’ai pris des photos de banlieue sous la neige depuis plus de quarante années, et j’avais vraiment tout mon temps aujourd’hui, pour continuer.

Photos volées, de Dominique Fabre (éd. l’Olivier, 2014).

Un roman triste sur un gars débarqué de la société un peu tôt à son goût, et qui se raccroche plus ou moins à son passé de photographe. Certes bourré d’erreurs sur le sujet de la photo mais touchant à plus d’un titre…
Ma photo aussi elle est un peu volée, volée à la rue. Quant au titre du post il me vient d’Higelin, c’est nostalgique aussi mais en plus drôle.

En attendant la fille du père Noël

Et non je ne m’appelle pas Jean-Balthazar. Quoique, il y a bien des cieux où l’on m’appelle Jean-Nesthor… Ça me fait penser que cette image ne va pas longtemps rester seule, la petite robe écarlate non plus, une mignonne séquence de derrière les fagots arrive ces jours-ci. Si mignonne que j’hésite à la mettre en Enfer (d’ailleurs je n’y enferme plus personne, avez-vous noté ?)…

[Edit du 1er janvier 2017] La séquence est achevée et en ligne comme prévu à cette adresse…

Alors, Raymond… ?

Photo © Ernesto Timor - Aux galeries de Poule

shot: oct 16 | printed: today | beaujolais, not so far from lyon | french touch

— Alors, Raymond, tu veux faire quoi plus tard ? Droguiste ?

Lexique
Poule : village du Beaujolais.
Raymond : prénom charmant, vieilli. Raymonds célèbres : Bidochon, Poulidor, Depardon.
Plus tard : avenir tracé, vieilli. Exemples d’avenirs tracés : tenir une droguerie, reprendre un commerce de détail, fonder une galerie (de tricot).

Nota bene. Soyez assurés que je ne me moque de personne, tous les noms cités ont mon estime et j’adorerais exposer là, faute de savoir tricoter.

Côtes de Duras

Photo © Ernesto Timor - La dame du lac

shot: oct 16 | printed: today | jura (not so far from switzerland) | LoL

Ce que je n’ai pas dit c’est que toutes les femmes de mes livres, quel que soit leur âge, découlent de Lol V. Stein. C’est-à-dire d’un certain oubli d’elles-mêmes. Elles ont toutes les yeux clairs. Elles sont toutes imprudentes, imprévoyantes. Toutes, elles font le malheur de leur vie. […] Lol V. Stein. Folle. Arrêtée à ce bal de S. Thala. Elle reste là. C’est le bal qui grandit. Il fait des cercles concentriques autour d’elle, de plus en plus larges. Maintenant ce bal, les bruits de ce bal sont arrivés à New York. Maintenant Lol V. Stein est en tête des personnages de mes livres. C’est curieux quand même. C’est elle qui « se vend » le mieux. Ma petite folle.

Marguerite Duras, La Vie Matérielle (éd. POL, 1987 ; livre audio chez Naïve).


J’écoute ces mots sans concession — et qui parfois déraillent un peu — de la Marguerite lus par la voix glacée de Laure Adler (j’aime bien agrémenter mes virées automobiles par l’écoute de livres audio plus ou moins improbables, chacun ses petits vices). De fil en aiguille, je m’interroge sur le profil de mes héroïnes à moi, mes pseudo-folles préférées. Ça tombe bien, je viens de faire une photo. C’est un peu embrouillé mais intéressant, la vie matérielle…


Les devoirs de vacances :
aujourd’hui, l’optimisme

Photo © Ernesto Timor - Beauté des pluies acides

shot: mar 16 | printed: today | pilat (not so far from lyon) | moody blues

Marchons en bavardant avec Cioran rue de l’Amertume, pour nous rendre place de la Déception, et finir ensuite dans le jardin de la Tristesse. Là, ça ira mieux : on pourra commencer à vraiment comprendre ce qui nous arrive, et passer à autre chose : emprunter le passage de l’Acceptation, nous balader avenue de l’Action.

Christophe André, Les états d’âme (un apprentissage de la sérénité).
Ce n’est pas une maxime en anglaises dorées piochée vite fait dans la marmite infâme des citations en ligne, c’est une voix off qui m’accompagne pour de vrai et au long cours dans la balade de la vie, Christophe André. Ça vous la coupe, hein ?

Vanité des beautés métropolitaines

Photo © Ernesto Timor - Marine contemplant le métro aérien, Paris

shot: mar 08 | printed: today | paris | you tube

Debout, Gabriel médita puis prononça ces mots :
— L’être ou le néant, voilà le problème. Monter, descendre, aller, venir, tant fait l’homme qu’à la fin il disparaît. Un taxi l’emmène, un métro l’emporte, la tour n’y prend garde, ni le Panthéon. Paris n’est qu’un songe, Gabriel n’est qu’un rêve (charmant), Zazie le songe d’un rêve (ou d’un cauchemar) et toute cette histoire le songe d’un songe, le rêve d’un rêve, à peine plus qu’un délire tapé à la machine par un romancier idiot (oh ! pardon).

Raymond Queneau, Zazie dans le métro