Journal d’un décor

Photo © Ernesto Timor - Journal itinérant

shot: aug 14 | printed: today | vercors (near the alps) | up and down diary

53 ans, 2 jours.
Mardi 12 octobre 1976.

Ce que j’ai noté hier n’a pas sa place dans ce journal.
Ça fait du bien !

Danniel Pennac, Journal d’un corps.

Solution de facilité que de citer l’espèce de vide de ce jour-là, alors que les 87 ans et 19 jours ont toute leur place et leur épaisseur palpable dans les 380 autres pages ! Bon, disons que le choix de la chrono n’a pas été tout à fait laissé au hasard… Sinon, merveilleuse redécouverte, l’ami Pennac, que j’avais très injustement réduit aux truculences bellevilloises de La fée carabine et autres succès dévorés lors de leur sortie. Re-rencontré précisément il y a un an via la version audio de ce Journal d’un corps, abrégé saisissant lu par lui-même, tout craché tout cru. Tout ce qu’il a écrit ces dernières années est pour moi de la même inspiration limpide, fil joyeux et anxieux, fragile et courageux, quel chic type en vérité.

La confusion de l’échassier

Photo © Ernesto Timor - Un signe

shot: dec 15 | printed: today | pilat (not so far from lyon) | space wader

La môme néant

Quoi qu’a dit ?
— A dit rin.

Quoi qu’a fait ?
— A fait rin.

A quoi qu’a pense ?
— A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’a pense à rin ?
— A’xiste pas.

Jean Tardieu, extrait du recueil Monsieur Monsieur (1951).
Y a pas d’âge pour se réviser ce classique grinçant, ça vous met un sourire sur le vide…


Ecots à l’écho

Photo © Ernesto Timor

Autoportrait en chevalier noyé dans un verre d’eau…

Texte et réalisation © Ernesto Timor

Le pourquoi…

Mon double écho à Bayard

J’ai le plaisir d’avoir été retenu pour l’expo collective Ecots à l’écho, dans le cadre du festival Les Photaumnales, une édition “en écho” à Hippolyte Bayard.

Ci-dessous le texte par lequel, pour une fois, je m’explique en paroles sur ma photographie…

Ajouter mon écot à l’écho à Bayard, oui, plutôt deux fois qu’une !

Hippolyte Bayard, membre éminent du peloton des inventeurs de la photographie, est à ce seul titre déjà un héros ! Mais aussi un superbe loser, un de ceux dont le mérite est à peu près passé à la trappe, que la gloire et la richesse ont ignoré — et qui, de cette mésaventure, a su faire un nouveau tour d’alchimie en réalisant son macabre autoportrait pour de rire. J’aime bien voir là une parenté avec ce qui anime ma propre photographie depuis longtemps, cette manie tragi-comique…

Et puis Bayard, l’illustre homonyme autrement plus célèbre, dont on apprenait naguère les exploits chevaleresques. Celui-là a bercé toute mon enfance, car mon patronyme — Sampeur — déclenchait et déclenche encore l’inévitable « sans peur et sans reproche » qui à force de martèlement donne envie d’en finir avec l’état civil (d’ailleurs pour pratiquer la photographie je me cache tant bien que mal sous le pseudonyme de Timor !).

Or donc, j’ai fusionné les deux filiations brumeuses en cette image d’un chevalier Bayard noyé dans son verre d’eau. Bah, ce n’est pas sérieux, ce n’est qu’une photographie.

Ernesto Timor

Photaumnales, Beauvais (60), du 19 septembre au 29 novembre 2015.
L’exposition se tient à la Galerie nationale de la tapisserie.
www.photaumnales.fr