Ecots à l’écho

Photo © Ernesto Timor

Autoportrait en chevalier noyé dans un verre d’eau…

Texte et réalisation © Ernesto Timor

Le pourquoi…

Mon double écho à Bayard

J’ai le plaisir d’avoir été retenu pour l’expo collective Ecots à l’écho, dans le cadre du festival Les Photaumnales, une édition “en écho” à Hippolyte Bayard.

Ci-dessous le texte par lequel, pour une fois, je m’explique en paroles sur ma photographie…

Ajouter mon écot à l’écho à Bayard, oui, plutôt deux fois qu’une !

Hippolyte Bayard, membre éminent du peloton des inventeurs de la photographie, est à ce seul titre déjà un héros ! Mais aussi un superbe loser, un de ceux dont le mérite est à peu près passé à la trappe, que la gloire et la richesse ont ignoré — et qui, de cette mésaventure, a su faire un nouveau tour d’alchimie en réalisant son macabre autoportrait pour de rire. J’aime bien voir là une parenté avec ce qui anime ma propre photographie depuis longtemps, cette manie tragi-comique…

Et puis Bayard, l’illustre homonyme autrement plus célèbre, dont on apprenait naguère les exploits chevaleresques. Celui-là a bercé toute mon enfance, car mon patronyme — Sampeur — déclenchait et déclenche encore l’inévitable « sans peur et sans reproche » qui à force de martèlement donne envie d’en finir avec l’état civil (d’ailleurs pour pratiquer la photographie je me cache tant bien que mal sous le pseudonyme de Timor !).

Or donc, j’ai fusionné les deux filiations brumeuses en cette image d’un chevalier Bayard noyé dans son verre d’eau. Bah, ce n’est pas sérieux, ce n’est qu’une photographie.

Ernesto Timor

Photaumnales, Beauvais (60), du 19 septembre au 29 novembre 2015.
L’exposition se tient à la Galerie nationale de la tapisserie.
www.photaumnales.fr


Une histoire drôle pour la route

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shot: june 15 | printed: today | center of france | yet another happy headbanger

Encore une histoire qui bave
Une histoire bien pérave
Une histoire de laves
Pour un peu on se marave
Une histoire bien penonche
Une histoire qu’on enfonce
Une histoire pleine de ronces
Ouais je marche seul
Avec plus personne
A qui faire la gueule…

Mano Solo, Je marche seul, sur La marmaille nue…

Allégorie du faux contact

Photo © Ernesto Timor

shot: dec 13 | printed: today | not far from switzerland | & son

Mon père n’a pas connu le sien. C’est comme si mon père était moi, comme si je n’avais pas connu le mien. Un père sans père se tient tranquille dans l’inconnu, dans l’anonymat. C’est à peine si son père a connu la femme, la mère de mon père, dont il a eu un fils, mon père, qu’il n’a pas reconnu, je m’y perds, dans cette phrase. C’est pourtant simple, je n’ai pas appris à faire le père, de mes enfants, j’ai quand même fait des enfants, je me suis reproduit en toute innocence.

Christian Gailly, Dit-il.

C’est le premier roman du monsieur, je viens de le découvrir, alors que j’ai lu les trois quarts de qui a suivi (et ne suivra plus, hélas). Sa patte minimaliste et amère est bien là, elle ne flirte pas encore avec la fiction transparente, ça ajoute au désespoir de tout ça. Quand même je ne peux pas lire un Christian Gailly sans en verser un peu dans l’Irregular et voir quelle image à moi va ainsi s’alléger de son propre poids et révéler son potentiel d’écho plus ou moins grinçant…
Une autre fois promis je ferai plus frais.

Délices et périls de la projection

Photo © Ernesto Timor

shot: mar 09 | reprinted: today | paris | is my camera obscura waterproof?

Une cousine de cette image avait déjà paru (verticale, et surtout mains différentes) mais là franchement c’est mieux.
Pourquoi aller déterrer encore une si vieille image Ernesto (tu ne fais donc plus rien de neuf dans ta vie ?!), c’est pour jouer au précurseur du selfie baroque ou quoi (oui le schtroumpf rasé, c’est — c’était — moi) ?
Juste une actualité qui se (re)joue dans ma tête, le tracas existentiel du photographe qui cherche sa place autant que son angle, la question de comment mon regard traverse le sujet ou tourne autour — et quand en plus le sujet a forme de femme, cette problématique relève encore plus de la balistique !
Et puis ah quand même une allusion fine à une véritable projection qui vient de se faire, Les limites nous regardent suivies d’une projection dansée avec Morgane Karsenti, Le bruit des gouttes pour compagnie, des classiques chéris à moi qui se sont redonnés en spectacle à l’improbable festival Play Mobile organisé par les architectes de Bellastock à Roissy/Tremblay-en-France en ce pluvieux week-end ascensionnel — je n’en ai finalement pas vu grand chose mais on m’a raconté !

Tourisme sexuel

Photo © Ernesto Timor

shot: mar 15 | printed: today | champagne, east of france | indescribable

J’y pense, mais c’est déjà trop tard, ce titre de post va encore m’apporter un pic de visites au premier degré, et les égarés de Google repartiront fort frustrés, marris et j’en passe. Désolé, Table d’orientation c’était bien sûr déjà pris, et même Table de désorientation ! Perdu comme un gland dans une coupe de Champagne a failli passer, mais c’eût été un peu vulgaire (de remâcher un mot déjà dans en bonne place dans la photo).

La fête à Neunœil

Photo © Ernesto Timor

shot: feb 15 | printed: today | lyon | blinky party

J’aurais aussi pu intituler ça “Une arête dans le gosier”. Ou “L’âge pas tendre”. Ou plus factuellement “Ouais le vieux il t’a entendue”. Car telle est la phrase exacte qui m’a déchiré le lobe de l’oreille gauche ce matin en dépassant deux donzelles vaguement mineures, occupées à se disputer un téléphone portable en gloussant — j’avais eu un sourire réflexe en entendant “Ouais moi aussi j’veux mater”. Alors voilà, le vieux n’est pas encore si dur de la feuille. Morues, va !

 

Le cours des choses

Photo © Ernesto Timor

shot: mar 15 | printed: today | creuse (center of france) | slow spiderman

Dommage vraiment que vous regardiez cette photo sur votre téléphone. Vous ratez les traits de pinceau, les dentelles arachnéennes, les x nuances de grey, jusqu’à la suggestion du reflet avec œil façon poisson des profondeurs (car ceci est ni plus ni moins qu’un autoportrait)… Mais même sur un vrai écran, à cette taille-là vous ne distinguez pas bien tout ça, pour ça que je préfère vous expliquer. Par contre, nul doute que cette photo figurera en grand dans Quelque chose suit son cours ! Ce projet d’expo et même de livre que je porte doucement depuis quelques semaines et qui finira bien par éclore. Peut-être. Faut voir…

Questionnement avec sujet

Photo © Ernesto Timor

shot: feb 15 | printed: today | lyon | you say yes i say no

Dans une vision plus lumineuse il se dit qu’il garde peut-être en lui le vestige d’une mémoire inconnue, une nostalgie caressante et vaste comme un pays perdu, un pays facile et bienfaisant où baignait sa vie d’avant, le pays du oui probablement. De là en filant le souvenir, l’astuce serait d’y remonter, comme s’il était en exil dans ce monde qu’est le monde autour de nous, ce difficile présent, car perdre l’usage du non revient un peu à ça, à se sentir un peu décalé de la réalité, légèrement en porte-à-faux, c’est comme faire un voyage à quelques pas de soi-même, avec la sensation très nette, par moments, de ne plus rien pouvoir pour soi.
Mais n’allons pas trop vite dans l’exposé de l’inaptitude, comme le dit le proverbe malgache, ce n’est pas en tirant sur la feuille qu’on fait pousser la plante.

(Prologue de L’homme qui ne savait pas dire non, Serge Joncour.)