“Ce jeu des apparences lui était agréable”

Photo © Ernesto Timor - stairway to heaven revisited

shot: aug 02 | reprinted: today | paris | lady lady

Ce fut pour le frère du vieux K. la plus belle nuit de sa vie, mais quand au petit matin la femme femme quitta discrètement CETTE maison avec son aide, elle considéra que l’aventure prenait fin en même temps que son enivrement. Pendant des mois, le frère du vieux K. lui téléphona, lui adressa des prières, des suppliques, sans rien pouvoir obtenir d’elle : la femme femme avait chez elle un mari viril moustachu, des enfants enfants, une famille famille, et elle demanda franchement au frère du vieux K. de cesser de l’importuner, de se conduire en adulte. Cette aventure avait été très très agréable, lui dit-elle, et elle ne regrettait rien, mais il devait se comporter en homme et non en gamin. Le frère du vieux K. retrouva sa chambre. Il s’y enfermait à clé et se morfondait en regardant le palmier asséché qui, depuis qu’il avait été arrosé par la femme femme, refusait de boire de l’eau ordinaire. Lui aussi regrettait cette nuit unique et, consommé de regrets, il creva définitivement.

Wojciech Kuczok, Antibiographie (Editions de l’Olivier, 2006).
Le titre de ce post est prélevé quelques lignes plus haut. Tout n’y est pas si drôle ni croustillant, dans ce roman polonais qui m’a secoué bien comme il faut. C’est même plutôt une vie de famille dans ce qu’elle peut avoir de plus pervers et cinglant. Mais ceci amène aussi cela…
Pour enluminer le récit, petite plongée dans la cage aux chimères…


La chambre claire

Photo © Ernesto Timor

shot: sept 15 | printed: today | liège (belgium) | camera lucida

… qui est aussi une antichambre de salle d’attente. Car une Salle d’attente, quatrième du nom, est sur l’établi, et ce n’est pas encore cette fois qu’on y verra une vraie salle d’attente d’aéroport (peut-être jamais, d’ailleurs). Et cette image a des comparses qui, assemblées en mouvement, devraient faire une belle salle de bal pour la Mort — elle aura le choix des fenêtres par où sauter, la bougresse. L’affaire de quelques heures/jours et la projection sera réalité…

[Edit du 12 mars] C’est chose faite : Salle d’attente #4.

Le monde est clos…

1602-life4195

shot: feb 16 | printed: today | pilat (not far from lyon) | rip homo economicus

… et le désir infini. C’est le très beau titre d’un livre de Daniel Cohen, qui relève de l’essai (brillant) d’économie politique plutôt que de la fantasmagorie érotique ou du guide de randonnée. Quoique. Il mélange avec un pessimisme jubilatoire toutes les strates du vivant, ce type-là, c’est bien ce qui fait de lui un agréable compagnon de chevet plutôt qu’un docte donneur de leçons de plus…

L’image qui m’est venue tout d’un coup à l’esprit

Photo © Ernesto Timor - deux arbustes et le soleil

shot: sept 14 | printed: today | auvergne (center of france) | what the?

You do look so sad, elle a redit, et elle a carrément essayé de m’embrasser sur le coin de la bouche. J’ai bondi d’un coup, d’un coup j’ai bondi, en m’essuyant la bouche du revers de la main, bleh Sally, Sally Flanders, what the ? Qu’est-ce que t’as contre les filles, elle a grincé entre ses dents, ’twas just a joke, Loo, what the hell’s the matter with you anyway. Contre les filles mon cul, j’ai dit hors de moi, contre les filles mes fesses, j’ai rien contre les filles, mais toi Sally, Sally Flanders, you’re not a girl you’re a hairless squirrel, un écureuil pelé, oh yes you are. J’ai vachement regretté par la suite d’avoir dit ça, surtout que c’était un peu con, mais c’est vraiment l’image qui m’est venue tout d’un coup à l’esprit en voyant le corps maigre de Sally la Rousse. Elle s’est levée et là qu’est-ce qu’elle a fait Sally pour s’en aller, elle a coupé par le buisson. Hey, wait a minute, j’ai dit, mais rien à faire, elle est entrée dans le buisson, Sally, je ne comprends pas comment elle s’est débrouillée, c’était un vrai buisson serré et pointu, c’était comme d’entrer dans un mur. Le buisson a eu l’air de s’ouvrir pour elle comme la mer Rouge devant Jésus, à peine un bruit de frottement et c’était tout. Je ne l’ai pas revue pendant des semaines et des semaines après ça, et je me demandais si par hasard elle était pas toujours dans le buisson. J’imaginais qu’on dégagerait un jour son corps et qu’il ressemblerait à celui du chat ricanant qu’on a trouvé dans un mur du château de Combourg, l’histoire je te l’ai déjà racontée.

Comme Ulysse, Lise Charles.

Extrait copieux, mais si t’aimes pas lire tu peux regarder l’image (qui n’est pas exactement un buisson non plus, je fais davantage dans l’imagé que dans l’illustré). Par contre dans ce cas, fais bien attention à éviter ce bouquin, il pèse ses 400 pages (que je trouve très simplement merveilleuses, mais je n’oblige personne).

Pare-feu, sweet pare-feu

Photo © Ernesto Timor - défense d'entrer

shot: dec 12 | printed: today | jura (not far from switzerland) | homemade firewall

A l’occasion de travaux d’amélioration de l’architecture de mon home virtuel, je découvre fortuitement que des admirateurs tentent des dizaines, voire des centaines de fois par jour, de forcer la porte de l’administration du site et d’y glisser leurs petites touches personnelles. спаси́бо vraiment ! Car la plupart de ces contributions à mon œuvre me viennent de Russie, dites donc. Bon, ces intrusions louches peuvent expliquer certaines lenteurs et bizarreries épisodiques, mais comme j’ai pas envie de me laisser tout à fait envahir ou voir détourner mon Irregular en engin de trafic inventif, je viens de perdre plein d’heures à relever très haut le niveau de protection de l’îlot Timor. On n’est décidément nulle part à l’abri des attaques débiles et de l’engrenage sécuritaire…
Bah c’est l’occasion de poster cette image quelque peu volodinienne, ça faisait longtemps. Par association d’idées sauvage.

Bon et heureux chaos

Photo © Ernesto Timor

shot: apr 14 | printed: today | brittany | happy new mess

Ne cherchez pas la vraie carte de vœux, avec millésime en paillettes, y en aura pas cette année. Ça n’empêche pas de vous souhaiter de rester bien en vie, corps et âme, et conscients de l’être. Et continuez de regarder autour de vous…