“Il nous fallait une bonne petite catastrophe”

Photo © Ernesto Timor - Le cours naturel

shot: june 16 | printed: today | distant outskirts of paris | beautiful disaster

On dit souvent aux amis qui souffrent et qui ont peur : c’est formidable d’avoir peur. La crise c’est bon. La tempête de 99, elle a fait un bien fou à la nature. Ouhlàlà ! Les taillis reprennent, c’est la lande, la taïga d’avant. Les rivières reprennent leur cours naturel. Arbres morts impliquent champignons, etc. Tout va mieux. Je ne vous parle pas des oiseaux, des vers de terre, de la chicorée sauvage. Il nous fallait une bonne petite catastrophe, il faut souffrir pour être belle. Mais pas du tout. Allez on respire, il ne vous est jamais rien arrivé, pas de drame. Respirez, plus de passé, plus de récent. Le récent c’est périssable…

Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente, Tome 1 (POL, 2016).


Traverser le monde (Trucs et astuces pour)

Photo © Ernesto Timor

shot: feb 15 | printed: today | near paris | killer tips & tricks

 

Plus il parlait et plus il parlait, plus les vitres se recouvraient de givre. Condensation ? Le compartiment prenait une teinte vert sombre. Si j’avais déjà réussi à me rouler en boule comme un hérisson pour échapper aux personnes du passé qui viennent vous hanter et si je savais aussi me battre remarquablement, j’avais surtout mis au point une technique intéressante que je vous recommande. En plissant les yeux à la limite du noir complet et en restant le plus longtemps possible dans une zone de gris qui redessine abstraitement l’espace et les êtres — ça efface les contours. Un peu comme si l’on apposait un calque au-dessus d’une photographie. On ne garde qu’une silhouette des sujets ; on inscrit des numéros — et une légende en dessous.
Déformation professionnelle ; c’est l’imprimerie qui m’avait appris ça. Il est certain que si on passe son temps à regarder des caractères à la loupe ou qu’on contemple la composition d’une page de loin pour estimer l’équilibre du placement de blocs gris sur une surface blanche — on n’est jamais à l’échelle. On apprend à accommoder sa vision.
Et le conte s’active.

Olivier Cadiot, Providence.


Aujourd’hui malgré tout

Photo © Ernesto Timor

shot: feb 15 | printed: today | lyon | life goes on

 

[…] C’était exténuant. Chaque jour une nouvelle obsession. Il me faisait boire dans un bol de bois une décoction blanchâtre et épaisse. Je faisais des rêves épuisants d’animaux parlants. Je commençais à croire à de plus en plus de choses sérieusement. Il n’y avait plus qu’à s’habiller en blanc, ou à se filmer dans un silence de mort baguenaudant dans les prés. Une communauté fantomatique courant à travers champs. Une secte, sans paroles, avec des images rien que des images.
Il fallait filer et vite. Il fallait que je rentre dans une ville normale. Rester aux quatre vents à la merci de n’importe qui. Pas question. J’envoyai dans la cabane une bouteille remplie d’essence, cachetée du chiffon que l’on allume, avant de la jeter en brisant une fenêtre — et qui explose.

(Olivier Cadiot, Providence. C’est nouveau et, bien sûr, c’est le bonheur…)



J’irai ailleurs

Photo © Ernesto Timor

shot: jul 10 | printed: today | wide open game | outskirts of paris

Stop.
Je n’ai pas besoin de cette machine.
Je sais le faire.
Je fais tout les yeux fermés.
En direct.
Comme ça.
Je suis vraiment un mage.

(Olivier Cadiot, Un mage en été.)

Je n’irai pas à Avignon. Je ne verrai pas ce nouveau texte de l’un de mes rares auteurs cultes joué sous de soudains feux de la rampe, je ne prendrai pas ma place aux côtés des Cadiotistes de la dernière heure… !
C’est comme ça.
Cet été je connaîtrai d’autres partages, d’autres voyages, d’autres magies…
(Il me faudrait un pense-bête.)

« pai-i-sage »

Photo © Ernesto Timor

shot: dec 09 | printed: today | have you seen margaret ? | normandy

les herbages, les hélices, les hameaux
une pluie récente la nuit vient
Des arbres (touffu). — De (haut) peupliers.
des chiens
— Ah * monsieur *
La voix des chiens effraie les lièvres
avant Bonsoir, petite, et après
Nous voici arrivés
Nous irons… visiter les ruines de ce château

(Un titre puis toute une page arrachés du dément L’art poétic’ d’Olivier Cadiot,
hélas la liberté typographique en moins)

Et en avant

shot: may 07 | printed: today | pickwick | outskirts of paris

shot: may 07 | printed: today | pickwick | outskirts of paris

Accrochage sans gravité (Hang on) : une séquence qui vient enfin de trouver sa place parmi les Parcours en marge (side-project des Limites nous regardent). Ces photos datent de plus de deux ans, la plupart ont déjà été dévoilées ici ou là, mais bizarrement il y manquait une ou deux images pas encore traitées pour boucler l’affaire… Donc la voici en ligne, et bientôt accrochée « en dur » (nous en reparlerons…).
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Un nid, pour quoi faire ?

Photo © Ernesto Timor

shot: oct 09 | printed: today | nested entity | outskirts of paris

Ceux qui s’arrêteront une seconde de mieux pour cliquer sur l’image auront raison… Ils verront en avant-première se déplier un des nouveaux panoptiques Les Limites nous regardent, millésime 2010…

Le titre est emprunté au grand Olivier Cadiot, dont j’ai déjà cité tant d’extraits que je m’abstiens aujourd’hui, pour laisser parler l’image sans mots. Et merci à miss Kitsune, qui s’est laissée saisir au seuil de sa nouvelle vie…

Echec de localisation

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shot: apr 08 | printed: today | lost everywhere, belgium

« Je compris que j’étais à la campagne, c’est intéressant la campagne.
Je ne connaissais pas.
Tous ces champs verts et jaunes, entourés de haies, ces petits coquelicots involontaires, ces ruisseaux.
Des ruisseaux bleus avec de la mousse.
C’est bizarre
on dirait un endroit malade.
Une allée avec un gros Défense d’entrer. »
Olivier Cadiot, Un nid pour quoi faire.

L’-

cirque_d’hiver

shot: yesterday | printed: today | sleeping no sleeping, paris

« Si vous bougez non
si vous bougez de là
non
pas plus qu’une statue non pause
non

Attention ne bougez pas non
pause c’est fini
pause
c’est fini

Respire repos jambe-
mouvement
tendue
une deux repos

Quand il s’arrête ce cheval
mouvement ralentir
– stop
ainsi ralentir
ralentir »

— Olivier Cadiot, Futur, ancien, fugitif (POL).

Encore des mots de lui oui, encore aussi une apparition du Cheval-mouvement, autrefois cité en Irregular dans sa version chantée (?) par Rodolphe Burger, encore la vie se rejoue sans se répéter, oui…

On fait quoi on attend

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shot: june 07 | printed: today | ravers’ delight, distant outskirts of paris

« C’est l’heure de sortir, pas bête le coup de la boîte sous le chalet, creusée dans la falaise, la verrière dans le vide, ils sont tous là agglutinés, les domestiques en serveurs, les infirmières au bar, ça n’arrête jamais, la vie de ces gens. Boum-boum. […] De la samba, suivi d’un lai de Marie de France au luth, précédé d’une litanie R’n’B, c’est le début de l’enfer, on me fait écouter ça dans une cellule, j’avoue tout, crie la Reine, en hurlant de rire, pitié, arrêtez ça, les bras en croix, la Reine ? mais c’est la Reine, je ne l’avais pas encore vue, je m’approche, je ne savais pas qu’il y avait une Reine. »
— samplé dans Un nid pour quoi faire, d’Olivier Cadiot, un régal.