“Ces aliens familiers”

Photo © Ernesto Timor - Fossile
Septembre 2020, Lyon. Ceci n’est pas une friandise.

“Wolves : Behavior, Ecology and Conservation”. C’est un grimoire écrit petit, surchargé de savoirs microscopiques et d’humilités. (…) Quand je soulève ce livre, et sa masse d’informations infinitésimales, volontiers inutilisables, il pèse entre mes doigts comme la preuve émouvante de notre obsession empathique envers les autres formes de vie, de notre qualité diplomatique : des milliers de pages, des vies entières vouées à comprendre un peu mieux d’autres manières d’être vivant. Les traités d’histoire naturelle, certains livres de biologie deviennent autre chose que des sommes scientifiques. Ils sont chargés d’une portée politique inaperçue. Des grimoires diplomatiques, compilant maladroitement (et sur un ton faussement naturaliste qui trompe les auteurs eux-mêmes et leur sert d’alibi pour leurs passions louches) les manières de comprendre comment vivent et se tissent à nous les cohabitants de la Terre. Et, de là, les égards ajustés à établir envers eux.
Ils sont chargés aussi d’une tonalité affective nouvelle : un désespoir de comprendre ces aliens familiers, d’y accéder, qui ressemble à l’obsession avec laquelle un amant transparent observe l’être aimé, beau d’être concentré sur une tâche, occupé à vivre, inaccessible — en un mot, c’est de l’amour interspécifique non partagé.

Baptiste Morizot, Manières d’être vivant (éd. Actes Sud, 2020).

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J’ai d’abord entendu à la radio (et pas sur Nostalgie) la voix de ce philosophe et pisteur (sic), progressiste et sensible, écologiste au sens plein du terme. Et en effet ce livre s’avère prodigieux de savoir concret et d’ouverture. Ça se lit comme un roman, ce qui me permet d’en isoler un extrait qui donne le ton plutôt que de prétendre en résumer le propos. Et d’oser y faire cet écho tout à fait personnel, vous reprendrez bien un peu d’énigme…

(Seul  le hasard du calendrier fait que se succèdent deux vues ainsi faites à la main, a priori sans lien…)