On a deux vies

Quelque chose suit son cours

 
Plus qu’un nouveau projet de prise de vue sur un sujet facilement identifiable, il s’agit d’un genre de coupe transversale dans mon travail. L’axe en est éminemment subjectif. Les photos retenues s’échelonnent de 2005 à 2021.

Quelque chose suit son cours, la formule est empruntée à Fin de partie de Samuel Beckett (dont un bref extrait figure en ouverture de l’exposition). Le ton est donné, il ne faudra pas avoir peur du vide. À première vue assez éloigné du travail de portrait pour lequel on me connaît un peu mieux, c’est un labyrinthe photographique où on tourne en avançant de tremblants « Y a quelqu’un ? ».

Des pans de décors, dedans ou dehors, souvent des bons coins, des semblants d’ouvertures, des amorces de, des je-ne-sais-quoi, ces fragments du réel peu remarquables sur lesquels le photographe s’arrête depuis toujours. On pourra y voir du beau au-delà du banal, du vivant au-delà du délabrement, de la présence vibrante au-delà de l’absence…

Présentation de la version originale, 2014, alors lancée comme une bouteille à la mer éditoriale. En commençant d’agencer cette sélection sans autre préméditation que meubler le flottement d’un tournant de vie délicat, j’ai eu la surprise de vite pressentir lesquelles de mes images y trouveraient évidemment leur place. Même s’il y a eu débat plus serré sur l’affinage des choix — à quel point être radical sur cette dimension du vide, du sans sujet apparent, du sans paroles… L’équilibre que j’ai trouvé entre mon vœu passager de silence et mon envie de ne pas faire œuvre hermétique mais d’ouvrir des portes au visiteur/lecteur, cela a été de rechercher l’écho sensible d’une littérature qui jouerait sa propre partition sur un registre voisin. Sans fusion des deux pistes, sans esprit de légendage ni de préfaçage. L’écriture de Jean-Louis Baille, elle-même toute en pirouettes et grands écarts risqués entre contemplation et farce, s’est prêtée à ce jeu.

 


 

L’exposition, dates 2022

 

Le festival Présence(s) photographie m’a demandé une vidéo de présentation. Déjà que l’exercice du face caméra ne m’est pas très familier, ça m’a paru compliqué d’être le seul humain en chair et en os dans ce projet. C’est parti pour 1 mn et 18 secondes de désobéissance (faut mettre le son)…


 

Dossier de presse complet à venir…

Extraits de la série.