“… cette excursion dans le vivant…”

Photo © Ernesto Timor - Rubalise toujours
Août 2019, Creuse. Attention, promesses de l’aube.

Je me dis : on fait un emploi bien modeste de cette excursion dans le vivant. Dans ce clafoutis. Je sais qu’il est bien tard et je perçois le ridicule qu’il y a à réagir au dernier moment, mais maintenant je veux courir et sauter en tous sens, me répandre en logorrhées par les vallons et dans les villes, je veux tenir salon derrière des monuments, je veux boire et manger éperdument, je veux fuir par l’œil d’une tempête tropicale, n’être jamais plus d’une heure sans embrasser tendrement chaque partie du corps d’une femme, je veux voir les arbres d’au-dessus, mettre ma tête dans la gueule d’un fauve, me rouler dans le raisin avec des Chinoises, dormir dans un hamac accroché contre une falaise et puis serrer dans mes bras des chiens, des poules, des cochons, mettre sous ma chemise des hiboux et des sternes, je veux voir plus souvent les loutres, je veux me tenir contre les orques sous la glace polaire dans une combinaison de plongeur après quoi je veux revenir vers une femme qui se trouverait au bout d’une rue et l’embrasser longuement après quoi je veux revenir vers une femme qui se trouverait assise par terre au milieu d’un lieu et l’embrasser longuement après quoi je veux revenir vers une femme qui se trouverait à bord d’un train et l’embrasser longuement après quoi je veux revenir vers une femme qui se trouverait dans un autre train et l’embrasser longuement, également.

Bertrand Belin, Requin (éd. POL, 2015).

Afficher/masquer le bavardage...
Parfois, souvent même, on se trompe. Je ne croyais pas aimer plus que ça Bertrand Belin. Depuis que je l’ai lu en plus de vu et entendu, je l’aime vraiment beaucoup. Par contre la rubalise j’ai presque toujours aimé. Et regarder le soleil de face malgré les interdictions, aussi.

Parfois, souvent même, on a des intuitions justes qu’on ne saisit que des années plus tard. Ce titre de blog par exemple, On a deux vies, choisi un peu par secrète bravade un jour d’avril 2018. Plutôt qu’un seul extrait en exergue du site, je crée toute une rubrique qui regroupera les posts en écho spécialement bien trouvé à cette idée. Et puis le blog va s’enrichir d’autres projets dans les semaines qui viennent, jusqu’à devenir mon site personnel tout entier, l’Ernesto Timor actuel sera très bien dans un rôle de gardien des archives…