“Je suis au bord de chanter tout seul”

Photo © Ernesto Timor - Nan Goldin y es-tu ?
Mai 2019, Lyon. Nobody in the river.

Comme dans les jeux, où l’on exige de plus en plus de fluidité, et, quand le sujet s’avance, armé du maximum de points de vie, le décor se construit au fur et à mesure.
En avançant, l’histoire se serre. Je nage très profondément.
Et je reviens respirer à la surface. Brasse profondément coulée. Comme ça.
On se développe, on se conforme, on se compose, on se décompose.
Je nage.
Je suis le bœuf qui nage contre le courant.
L’eau se reforme autour de mes bras. Les herbes s’inventent et se déploient.
Je suis au bord de chanter tout seul. Oh petite voix.
Oh Monsieur Robinson, par ici, la voix, la toute petite, chemin accéléré hors des choses funèbres. Ouh-ouh Monsieur Robinson, oh j’ai ma voix du début, ouf, ouf, la petite voix de rien, perdreaux entre les blés, souris sous les plinthes, perdrix dans l’escalier, anguille dans l’herbe, ouh-ouh Monsieur Robinson.
Monsieur Robinson. Par ici.
Ouh-ouh.
Par ici.
Oui.
Là.
C’est ça.

Olivier Cadiot, Un mage en été (éd. POL, 2010).

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