Tout fait lien

Photo © Ernesto Timor - Rosa et le Traquet kurde
Janvier 2020, Lyon. Une bonne couverture.

Si la relation qu’entretient l’ornithologie avec la guerre, l’espionnage ou la diplomatie est illustrée par de nombreux exemples, parmi lesquels nous avons déjà mentionné Sir Percy Cox, Alan Charles Trott, St. John Philby ou l’amiral Lynes, le cas de Meinertzhagen est l’un des rares où elle se conjugue avec le meurtre. (À propos d’espionnage, ou d’imposture, il n’est pas indifférent d’observer que lorsqu’en septembre 1915 des militants socialistes opposés à la guerre se réunirent dans la petite ville suisse de Zimmerwald, ils le firent sous couvert d’un congrès d’ornithologie : une discipline pourtant largement ignorée par les dirigeants révolutionnaires de l’époque, à l’exception, notable, de Rosa Luxemburg.)

Jean Rolin, Le Traquet kurde (éd. POL, 2018).

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Il est toujours malaisé d’isoler quelques lignes de Jean Rolin, tant ses livres entiers tendent à être cousus de phrases débordantes et sinueuses où tout détail bon à prendre est consigné avec un zèle de pince-sans-rire, qu’il contribue directement au sujet officiel ou à une apparente digression. Ce paragraphe-ci est tout de même un assez bon concentré de cette errance géopolitique vaine et fascinante à la recherche du Traquet kurde. C’est une jolie parabole sur le bruit du monde, que j’ai regrettée de voir s’achever si tôt, même si la chute touchait elle aussi à la perfection : il [le vieil ornithologue] s’était dit, tout en l’enregistrant, que ce chant du sirli serait probablement la dernière chose qu’il entendrait.