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Janvier-juin 2018, Lyon. Orienté Objet, compilation #2.

On cessait de remonter les pendules, on mettait des fleurs jaunes dans tous les vases, on préparait la table comme pour le petit-déjeuner de vingt-cinq personnes, on enlevait les roues à tout ce qui en possédait et on jetait tous les vêtements qu’on n’avait pas portés au moins une fois durant la dernière année. On veillait tout particulièrement à respecter le précieux rituel consistant à laisser partout dans la maison des gestes inachevés : c’était, semble-t-il, la garantie absolue qu’on viendrait les terminer. C’est pour cette raison qu’une fois la Famille partie, les pièces révélaient à un regard attentif tout un empilement d’actions interrompues à leur moitié : un blaireau couvert de savon à barbe, des parties de cartes abandonnées au moment crucial, des bassines remplies d’eau, des fruits à moitié pelés, une tasse de thé non bue. On ouvrait généralement une partition sur le pupitre du piano à l’avant-dernière page et il restait toujours une lettre non signée sur le bureau de la Mère. On accrochait au mur de la cuisine une liste de commissions apparemment très urgentes, on glissait dans les tiroirs de précieux travaux au crochet à finir et, sur la table de billard, un coup génial était mystérieusement procrastiné. Si on avait pu les voir, on aurait aperçu flottant dans l’air des pensées seulement ébauchées, des souvenirs incomplets, des illusions à entretenir et des poèmes sans chute : on se disait que le sort pourrait les voir.

Alessandro Baricco, La Jeune Épouse (éd. Gallimard 2016).

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Voici un deuxième extrait de mon projet confidentiel-défense, Orienté Objet (voir la première publication pour quelques mots sur le sens de tout ça).
Dix-sept autres photos prélevées dans la masse, cette fois autour du thème des faux semblants. Trompe-l’œil, leurres et contrefaçons diverses sont à la fête… C’est particulièrement prétexte à ce mélange auquel je tiens entre beau et banal, naturel et manufacturé, précieux et voué à la poubelle.
Quant au grand extrait du grand Baricco ci-contre, je l’avais prélevé entre autres merveilles lors d’une lecture, et honteusement oublié son existence — comme une page de roman froissée en boulette au fond d’un tiroir. C’est un peu ma dix-huitième image.