Rust never sleeps

Rust never sleeps

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Shadow

Après trente-deux ans de sordide calme plat, je fis un rêve où des gens m’assurèrent avoir récemment rencontré Sophie Gironde. Je m’étais beaucoup langui d’elle pendant les trois décennies qui venaient de s’écouler, et, si je voulais conserver des chances de ne pas la perdre de vue, il fallait que je m’incruste coûte que coûte à l’intérieur de ce rêve et que je l’attende.

C’était un de ces songes où rien de vraiment effrayant ne se produit, mais où toute minute est vécue avec un fort sentiment de malaise. La ville restait crépusculaire quelle que fût l’heure ; on s’y égarait facilement ; certains quartiers avaient disparu sous le sable, d’autres non. À chaque fois que je regardais ce qui se passait dans la rue, je voyais des oiseaux mourir. Ils descendaient en vol plané, ricochaient sur le bitume avec un bruit pathétique, sans un cri, et, au bout d’un moment, ils cessaient de se débattre.

Je m’installai là, dans ce rêve, dans cette ville.

Antoine Volodine, Des anges mineurs (Seuil, 1999).

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Un fourgon tapi là depuis des lustres, animal de fer d’abord inquiétant. La possibilité d’un passage vers une autre dimension. Volodine arrive au galop dans ma tête, j’en cite un peu, du meilleur, du classique, pour l’ambiance. Mais cette dimension-là n’est pas celle de la lumière imprécise et des corbeaux qui s’assomment non, j’ai débouché dans un autre rêve, la lumière pleut, les oiseaux volent… Putain de moine, c’est vivant.