Chat perché : relisez bien la règle

Avril 2018, Lyon. Sans trop de gravité.

Le canard était tout agité à l’idée d’un départ aussi prompt. Il soulevait ses ailes, sautait sur le tablier de Marinette et ne savait plus où donner de la tête.
— Mais oui, dit encore Delphine, pourquoi tarder à partir ? Quand on fait des projets, il faut les réaliser sans attendre. Autrement, tu sais ce que c’est, on en parle, les choses traînent pendant des mois et, un beau jour, on n’en parle plus.
— Ça, c’est bien vrai, dit le canard.

Marcel Aymé, « Le canard et la panthère », in Les Contes du chat perché, 1937.

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Je suis en train d’échafauder un recueil intitulé Chat perché. Qui ne sera pas un conte pour les enfants (quoique l’œuvre géniale de Marcel Aymé ne le soit pas non plus tant que ça, enfin pas que…). À ce stade, je le construis comme un livre. Je ne sais encore rien de ses chances de voir le jour sous une forme normalement publiée, mais je me laisse guider par cette contrainte éditoriale qui m’inspire naturellement : le rythme des doubles pages, le sens des vis-à-vis, les variations d’échelle, l’importance du blanc pour souffler, la progression d’un genre de récit, quand bien même il est probable qu’il reste sans paroles…

Chat perché sera essentiellement centré sur des personnages surpris en équilibre fragile sur le monde. (Je crois que cette notion est présente dans ce que je fais depuis mes images des origines, celles de ma première vie argentique !). Des gens perchés donc, au sens littéral, à la limite des petits vertiges, mais aussi souvent au sens de douce folie, avec toujours cette même notion de jeu et de défi à la pesanteur, qu’elle soit physique ou morale. Il y aura un socle, voire une prédominance, de photos anciennes qui comptent pour moi, et  pour l’instant on n’échappe pas tout à fait à la thématique des muses, même si je fuis le terme — mais ce sont des rencontres ayant compté, au minimum photographiquement, parfois dans la vraie vie et pour certaines dans leurs dérives chimériques (il n’est d’ailleurs pas impossible que ceci soit une réincartion apaisée de mon projet mort-né Longtemps j’ai caressé des chimères, dont je vous avais prématurément entretenu sur Irregular il y a bientôt deux ans…). 

On a effleuré là les deux limites (faiblesses ?) actuelles de l’affaire : je ne retiens essentiellement là que des figures féminines et tout cela risque de sentir la naphtaline sous le chèvrefeuille. Pour la respiration et le plaisir des associations d’idées sauvages, j’y ai bien sûr beaucoup mêlé de vis-à-vis ou d’interludes à base de paysages et de décors vides, mais ça ne suffit pas à ce que ça forme un tout cohérent (d’ailleurs, vous avez remarqué ? je parle je parle jusqu’à m’assurer de perdre à peu près tous mes lecteurs avant de songer à le montrer !)…  

Pour passer de la compilation au vrai projet vivant, je suis donc parti depuis quelques semaines à produire de nouvelles images en phase avec ma façon actuelle de voir — et de jouer à Chat perché en photo : par rapport à mes images anciennes, ce devrait être plus mixte (j’espère), plus habillé (c’est certain) et pas moins audacieux (c’est ce qui reste à prouver).

L’image ci-dessus fait partie de ces nouvelles prises de vue. Je dévoilerai ici de temps en temps d’autres nouveautés ainsi que les planches les moins incertaines de l’avant-projet. Il suffira de consulter l’archive finement nommée Chat perché pour voir réunis tous les articles du sujet !

N’hésitez pas à m’écrire pour me donner votre avis !