Travaux personnels, galeries d'art et d'essai

Les attractions nécessaires : aujourd’hui la vie intérieure

Photo © Ernesto Timor
shot: feb 09 | printed: today | shelter | paris

« L’orage magnétique venait de s’enfuir sans laisser de traces. Les nuages flottaient comme si de rien n’avait été, la cheminée des arsenaux crachait une fumée banale. Certes, on continuait à entendre les sirènes des voitures de pompiers, et cela nourrissait encore une atmosphère d’aventure et de catastrophe, mais tout l’onirisme consolateur du monde s’était volatilisé, il faut bien le dire, dit Dondog.
Ne restaient plus, pour aider Dondog à ne pas sombrer, que des cachettes intimes, des abris à l’intérieur de sa peau et de sa tête. Dondog se cramponna donc de nouveau à la notion de vérité telle qu’elle avait été imprimée en lui. La vérité était quelque chose qui se cristallisait dans le souvenir et la parole, qui avait pour fondements une conviction personnelle, et la parole c’était quelque chose qu’on pouvait choisir de taire ou de mal dire, de déformer sciemment au moment de l’émission vocale mais, en soi, c’était quelque chose à quoi on se raccrochait pour savoir si on avait tort ou raison ; c’était une bouée de sauvetage dont nul ne pouvait vous priver. […] Dondog avait sa vérité intérieure, immuable, indestructible, et il organisait sa survie à partir de là. Il organisait sa survie même s’il tremblait, s’il pleurait, même s’il bégayait, même s’il reniflait. Il tenait bon. Il niait. »

(Antoine Volodine, Dondog.)