“Foufous à volonté”

Photo © Ernesto Timor - incohérent

shot: mar 18 | printed: today | lyon | scrutinize in vain

L’Oral et Hardi, chevauchée verbale immense de Jean-Pierre Verheggen, incarnée de langue de maître par Jacques Bonnafé, que je n’ai pas eu la chance d’ouïr en live mais qui se trouve en livre audio, et qui m’a tenu lieu de sieste crapuleuse ces derniers jours. Sur ma photo, coup de loupe sur le livret qui l’accompagne…

Un double de papier

Photo © Ernesto Timor - Jésus-Christ buvait de la bière

shot: mar 18 | printed: today | lyon | are you talking to me

Il y a des bouquins où vous vous retrouvez sans prévenir. “Le café sent l’Afrique ou Timor”, cette perle est le punctum de la page photographiée ci-dessus. D’ailleurs lisez-la en entier cette page, nonobstant sa netteté sélective, oui oui, jusqu’à “Il s’approche de la fenêtre et, avec tout la nostalgie qu’il est capable de convoquer en pleine gueule de bois, regarde vers l’infini, un lieu qui se déploie de l’autre côté des fenêtres.”
Cela sort d’un roman portugais découvert par hasard (attiré par l’illustration d’un décapsuleur croisé en couverture, dois-je dire), qui s’est avéré un petit bijou, créativement dingue sans être délirant, le mieux est de le lire à votre tour…
Jésus-Christ buvait de la bière, Afonso Cruz (éd. Les Allusifs, 2015).

Pas de photos, merci Marie-Louise

Photo © Ernesto Timor - Les images cueillies au passage...

shot: dec 17 | printed: today | paris | butor on plossu

Les images cueillies au passage, comme un insecte sur lequel la main se ferme, et l’on n’est même pas sûr de t’avoir attrapé. On ne sent presque rien, seul un petit grattement-frôlement qui pourrait venir d’autre chose. Alors on écoute. Il y a bien un léger bourdonnement. On ouvre les doigts un par un. On aperçoit le bout de l’aile, un fragment de monument, de l’herbe, des lianes, des barrières, une patte, un œil un fit électrique semblable à une antenne. On referme la main sur son trésor avec un peu de gêne, puis on ouvre brusquement les doigts, et l’on est tout heureux de voir s’envoler ce beau moment, ailes intactes, tandis que l’on recommence à boire le paysage à grandes goulées dans l’éclaboussement des arbres.

Des mots bien nets de Michel Butor sur des photos bien floues de Bernard Plossu, traces d’un voyage Paris-Londres-Paris de 1988 revues lors de la colossale exposition Paysage français actuellement à la BNF à Paris. Et j’avoue que ce fragment vibrant et imparfait faisait chaud au milieu de ces répétitives missions d’inventaire de nos tristes tropiques, parfois très beau (surtout aux temps fondateurs de la DATAR) mais le plus souvent désespérément post-moderne… Tiens pour la peine ma seule photo sera celle des mots.

Faisceau de présomptions

Photo © Ernesto Timor - Croisement

shot: nov 17 | printed: today | creuse (center of france) | crisscross

Un peu à la manière de, mais sans intention de donner dans la contrefaçon.
Et donc pour les routes de campagne quelque part entre le chien et le loup (et bien d’autres paysages subtils), la référence indéboulonnable est bien sûr angelle, notez-vous d’y faire un détour quand vous ne serez pas pressés…

Il y a le CIEL…

Photo © Ernesto Timor - Mer de nuages

shot: sept 17 | printed: today | vercors (near the alps) | hell’s angel speaking

En un mot, j’étais exaspéré par la jeunesse. Mais Owen Meany, convaincu qu’il était de connaître le moment et les circonstances de sa mort, n’était nullement pressé de vieillir. Quand je lui parlais de notre jeunesse comme d’un purgatoire, Owen disait simplement :
« IL N’Y A PAS DE PURGATOIRE — C’EST UNE INVENTION DES CATHOLIQUES. IL Y A LA VIE SUR TERRE, IL Y A LE CIEL… ET IL Y A L’ENFER.
— L’enfer ? C’est la vie sur terre !
— JE TE SOUHAITE DE BONNES VACANCES. »

John Irving, Une prière pour Owen (Seuil, 1989).

(Owen parle toujours en CAPITALES, cette irrégularité stridente est de son génial auteur…)

“Nous sommes meilleurs que ce que nous faisons.”

Photo © Ernesto Timor - Ciel changeant

shot: july 17 | printed: today | not so far from paris | bathroom meditation

J’ai fini ma brioche. Un petit déjeuner modeste… Au secours, a écrit quelqu’un sur la fenêtre de la salle de bains. Puis le téléphone qui sonne à six heures du matin. J’ai conduit mes deux petites-filles à l’école. Et maintenant, pour la seconde fois de la matinée, je suis assis dans la Pasticceria Dante. Aurais-je pu écrire ces mots moi-même ? Pour la seconde fois de la matinée, je bois un cappuccino, je mange une brioche, je lis les journaux que je fais semblant de mépriser. Un modeste petit déjeuner une deuxième fois. Comme les hommes qui se marient une deuxième fois en faisant très attention. Je souris. On affecte de mépriser des choses, me dis-je, mais on continue quand même de les faire. Nous sommes meilleurs que ce que nous faisons. Cette sensation qu’on me parle, comme de l’extérieur, est étrange. Dans le couloir indéfinissable d’un hôpital municipal. Était-ce comme cela pour Marco ? Des voix extérieures, impossibles à contrôler ? Est-ce ainsi qu’on est amené à écrire des choses sur une fenêtre sans en avoir conscience ?

Tim Parks, Destin.

C’est normal si vous ne comprenez pas tout dans le détail, et peu importe. C’est pour vous donner envie de lire le reste du roman (et tous les autres de Tim Parks du reste). Quant à l’image, je parie qu’elle aurait pu être prise dans le couloir des toilettes de la Pasticceria Dante (en travaux de toute éternité). Même si je ne suis pas descendu si loin.

Les dépossédés

Photo © Ernesto Timor - Vive la défaite

shot: oct 16 | printed: today | jura | masters & servants

Qui veut être le maître se perd, qui veut par dessus tout compter au nombre des possesseurs ne se maintiendra qu’en dépossédant tous les jours tous les autres.

Défaite des maîtres et possesseurs, Vincent Message (éd. Seuil, 2016).

Quelques petites clés pour expliquer le rapprochement de ces fragments d’image et de texte…
Le visuel provient d’une séquence que je garde encore un peu dans la nuit de mes caves d’affinage — trop dure et intense pour décider vite vu d’en faire quelque chose. Comme aux frontières de l’humanité. Du coup c’est à elle que j’ai pensé quand j’ai cherché quelle photo je pourrais bien montrer pour parler de cette Défaite des maîtres et possesseurs. La même difficulté, et ce n’est pas pour rien, que toutes les fois où j’ai voulu citer Volodine, un de mes auteurs de chevet, particulièrement irreprésentable sous peine de sombrer dans le cauchemar éveillé, ce qui n’est pas ma ligne photographique…
Et ce roman donc, je ne l’ai pas (encore) lu, mais découvert transposé sur scène au festival d’Avignon. Incarné de façon sobre et bouleversante par Marik Renner et Nicolaï Martel dans une mise en scène signée Nicolas Kerszenbaum, compagnie Franchement, tu. Précisément sans tellement d’images, sans pathos ni éclats, juste l’effroi d’être humain… A voir si vous êtes par là-bas (jusqu’au 28 juillet, collège de la Salle à 13h15).

La vie intérieure

Photo © Ernesto Timor - Coucou

shot: june 17 | printed: today | lyon | sit still #1

Photo © Ernesto Timor - Coucou

shot: june 17 | printed: today | lyon | sit still #2

Photo © Ernesto Timor - Coucou

shot: june 17 | printed: today | lyon | sit still #3

“Les rêves pourraient nous donner des informations sur votre maladie, a dit Ruggero. Je suppose que vous rêvez d’eau.”
J’ai ouvert de grands yeux. J’étais en train de terminer un livre qui s’appellerait Rêves de fleuves et d’océans. Mais je n’allais pas le lui dire.
“De temps en temps” ai-je répondu.

Tim Parks, Le Calme retrouvé / Teach Us to Sit Still (Actes Sud, 2012).
Le titre français est hélas moins subtil que le titre original, comme pour ce que j’ai lu d’autre de l’excellent Tim Parks (par exemple The Server bêtement et commercialement transposé en No Sex, le comble de la malchance pour un écrivain par ailleurs traducteur !).

 

Sous le soleil à retardement

Photo © Ernesto Timor - Contretype

shot: sept 10 | reprinted: today | paris | sweet negative

C’que c’est beau la photographie
Le soleil qu’on fait prisonnier
Pas d’raison pour qu’on les oublie
Les p’tites femmes en p’tite robe d’été

C’que c’est beau la photographie
Bougeons plus ! l’amour va passer
1, 2, 3, c’est la plus jolie
Agrandie, vous l’encadrerez.

On sourit pour l’éternité.

Plus sautillant que mes morceaux choisis littéraires habituels, non ?
C’est ce qui ouvre Le soleil qu’on fait prisonnier [Aperture], une somme qui, en trois chapitres, propose la synthèse d’une collaboration étalée sur plusieurs années avec la rousse Kitsune. Ça ne nous rajeunit pas du point de vue de la date des clichés (de 2009 à 2011) mais ça rafraîchit le regard !
Même si ce grand voyage contrasté entraîne parfois au bord du vide ou au cœur des noirceurs, tout ceci n’est qu’un jeu, à commencer par le titre, emprunté… aux Frères Jacques, dans cet extrait de C’que c’est beau la photographie !
Quant à l’image extraite de l’affaire, elle est merveilleusement représentative de l’intention… mais beaucoup moins de l’esthétique de l’ensemble, tout cela étant full colour et en positif !!

Ceci constitue le dernier livret paru en Enfer, hop !