Travaux personnels, galeries d'art et d'essai

Peinture à l’œuf

Photo © Ernesto Timor - La petite sirène
shot: june 16 | printed: today | distant outskirts of paris | mirame (y gustame)

Coquetelle assez mauvais genre que je vous sers là, entre cette peinture rupestre début XXIe siècle dénichée au fond d’une friche sombre et humide, et des mots de l’élégant et tendancieux Pierre Louÿs, fin XIXe siècle. Un peu de raffinement amoureux ne fera pas de mal au premier ingrédient, et un petit pas de côté hors des règles du jeu homme-femme ne peut pas non plus faire de mal au second (de Pierre Louÿs, je crois que j’aime avant tout le tréma sur le ÿ !)…

Il prit dans sa poche le dernier de ses œufs, écrivit au crayon sur la coquille blanche les six lettres du mot Quiero et, choisissant un instant où les yeux de l’inconnue s’attachèrent aux siens, il lui jeta l’œuf doucement de bas en haut comme une rose.
La jeune femme le reçut dans sa main.
Quiero est un verbe étonnant qui veut tout dire. C’est vouloir, désirer, aimer, c’est quérir et c’est chérir. Tour à tour et selon le ton qu’on lui donne, il exprime la passion la plus impérative ou le caprice le plus léger. C’est un ordre ou une prière, une déclaration ou une condescendance. Parfois, ce n’est qu’une ironie.
Le regard par lequel André l’accompagna signifiait simplement : « J’aimerais vous aimer. »

Pierre Louÿs, La Femme et le Pantin (1898).