« Beaucoup plus loin que notre mémoire »

Photo © Ernesto Timor

shot: aug 07 | printed: today | dark edge | outskirts of paris

« Sans doute parce que quelque chose avait été coupé et non rétabli, je ne ressentais aucune douleur. Je ne m’en plaindrai pas. Je ne reprocherai pas non plus au destin d’avoir placé à quelques centimètres de moi le visage de Maria Samarkande. Maria me regardait, les yeux grands ouverts, tout ahurie de sang et d’incrédulité, toute belle.
Le silence était revenu, ou peut-être m’avait-on privé de l’ouïe en même temps que du toucher et de la sensibilité à la souffrance. Mais peu importe. Le silence était dense, magmatique, déjà immensément fort. L’épave où on nous avait enchâssés ne flambait pas, ne bougeait plus. Maria et moi nous nous scrutions tranquillement.
J’avais peur de m’éteindre sans avoir rassuré Maria, et je dis :
— Tu te souviens des gens qui dansaient la nuit sous les arbres, à Pékin ? »

Antoine Volodine, Vue sur l’ossuaire

Les attractions nécessaires : aujourd’hui la possession

Photo © Ernesto Timor

shot: nov 08 | printed: today | secret belongings | paris

« Moi personnellement je possède beaucoup de choses. Des choses de toutes sortes, des petites et des grosses, des en couleur, d’autres qui bougent, des rondes et des carrées, et même quelques-unes qui m’ont coûté très cher. Ces choses m’appartiennent : j’en suis la propriétaire. Et c’est difficile de les compter toutes, parce qu’elles sont nombreuses et aussi parce que j’en oublie toujours une ou deux quelque part. Il y a des choses auxquelles je suis attachée ; c’est bizarre de dire qu’on est attaché aux choses… Est-ce que ça veut dire qu’on est moins libre quand on les possède ? »

(Quelques paroles échappées de Crocodile OPA, de François Chaffin.)

Pour entendre la suite, pour voir d’autres images, pour me faire plaisir, pour vous sortir… Passer l’hiver ? jusqu’au 31 janvier.

Disons cela et n’en parlons plus

Photo © Ernesto Timor

shot: aug 07 | reprinted: today | that’s it | outskirts of paris

« Lorsque j’arrivai chez Enzo Mardirossian, il n’était nulle part visible. Je m’installai à proximité, mangeant les provisions que j’avais compté lui offrir pour rémunérer ses services. Il commençait à faire froid. Parfois, tandis que le jour déclinait, on voyait des flocons grisâtres sortir de terre et déraper en silence à hauteur d’homme, puis disparaître. La maisonnette du régleur de larmes avait l’aspect d’une ruine incendiée depuis des siècles mais, comme la terre avait été longtemps étrillée par des orages de défoliant et de gaz, la végétation n’avait pas envahi l’endroit. Les ronces étaient chétives, les mûres qui noircissaient parmi les épines avaient goût de nitre. Disons que c’étaient les derniers fruits de l’automne et n’en parlons plus. […] Lire la suite