Longtemps j’ai vécu en différé

Photo © Ernesto Timor - Autant en emporte le vent

shot: dec 12 | printed: today | distant outskirts of paris | avoid & expose

Longtemps j’ai mis longtemps. A choisir, à construire. Comme par exemple à “éditer” et “traiter” les images à l’issue d’une prise de vues. Et aussi à remettre ces sélections à plat des années plus tard, les remasteriser, en revoir le montage, la narration. Mon Enfer est pavé de ces vagues intentions, de ces valses-hésitations — et encore, je n’en montre pas la moitié. Trop souvent mes redécouvertes de laboratoire me submergent, du choix étendu je ne retiens que l’embarras. Et quand même j’y retourne, je rouvre toutes ces boîtes d’archives made in Pandore, comme pour vérifier encore et encore si dans d’autres dimensions je n’ai rien raté (et souvent constater que si, évidemment). Me fais happer par un regard photographié il y a cinq, dix ou quinze ans, comme s’il était d’hier. Saisis des émotions, comprends des trucs, des années après la bataille. Mais t’es pas heureux ? Si si bien sûr, c’est comme de voir l’image latente se révéler dans le bain du révélateur, l’odeur de la chimie en moins, je suis content, je suis heureux, j’ai bien du plaisir. C’est vrai que c’est l’aventure, de rencontrer une figure terrible qui m’attendait tapie dans la nuit, que ce soit la nuit des classeurs de négatifs jadis ou la nuit numérique de notre époque. Mais aussi c’est épuisant. Déjà que travailler sur des images, ce n’est pas sans risque, mais avoir un lien si organique à celles des jours enfuis, ça ne serait pas un peu folie ?
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Mythologies domestiques

Photo © Ernesto Timor

shot: apr 07 | printed: today | paris | homemade fairy tales

C’était comme un pilote (en photographies) pour un livre sur Paris, où les chambres d’hôtel cramoisies auraient eu la vedette. Plan foireux s’il en fut, mais j’y ai vécu deux-trois clichés lynchiens que je ne regrette pas…

Il paraîtrait que c’est un peu l’époque où rituellement je mets le feu à mon château de cartes photographiques. Certaines années j’aurais à moitié incinéré mon site (comme jadis des images en papier) genre merci continuez sans moi, d’autres années au contraire j’aurais procédé à la mise à feu fébrile d’une nouvelle fusée-vitrine (qui elle aussi finit par retomber en nuage de cendres un jour ou l’autre, hein de toutes façons). Je veux bien vous croire, je n’ai pas de souvenir net de ces choses. Oui il se peut qu’il y a 2 ans j’aie suspendu Irregular pour me coltiner quotidiennement le défi de remplir Malaxe, et puis que l’an dernier le nouveau site ait pointé son museau à cette période, engloutissant sur son passage le dédale de mes anciennes galeries. Mettons.
Cette année je ne touche pas aux murs. Par contre la manie dangereuse de faire du neuf avec du vieux ne m’a toujours pas quitté, alors voici ce que je vais mettre en place ! Sous le subtil titre Plein les fouilles, je vais poster des images anciennes jusqu’ici ignorées, de moi y compris. J’ai entamé un chantier de catalogage nouveau de mes images brutes (les négatifs, si vous voulez), je vois remonter à la surface quantité de photographies insoupçonnées et oubliées, passées un peu vite à la trappe lors d’un premier tri, qui manquait d’attention ou de pertinence. Ou simplement mes goûts ont changé. (En espérant que cette brève saga sera distrayante et ne tournera pas pas en ode à l’indécision ou à la nostalgie, s’pas…) Bref, ces fringantes revenantes je leur dis bonjour, avec mon regard de maintenant, avec ma manière de traiter/tirer qui a pu un peu changer aussi.
Parfois je gloserai un peu dessus, parfois pas, y aura juste la date de prise de vue, comme d’hab…



Les inventions oubliées :
aujourd’hui le photoblog

Photo © Ernesto Timor

shot: nov 15 | printed: today | not far from lyon | so many candelas

En dépit de ma fâcheuse tendance à ignorer les anniversaires, il y en a un auquel je pense sans forcer, et sans la combine du rappel automatisé. Un genre d’effet Toussaint. Bref Irregular a douze ans en ce 1er novembre. Pour certains trucs quand même, j’ai une obstination qui flirte avec l’entêtement. Ça mérite d’y coller une grosse bougie !
Photo de l’aube d’aujourd’hui même sur les monts du Lyonnais (douze ans plus tôt, mes errements étaient plus exotiques mais non moins baignés de saudade, loin s’en faut : ici et tout en bas de la page pour le Cimetière des Plaisirs, c’était fait à la main hein…).


“Soyez gentil, parlez-moi encore un petit peu”

Photo © Ernesto Timor

shot: sept 05 | printed: today | paris | three times at dawn

Vous avez souri.
Pardon ?
C’est la première fois que vous souriez, depuis que nous avons fait connaissance. Vous avez un beau sourire, vous savez ?
Merci.
Vous devriez le faire plus souvent, sourire j’entends, cela vous donne ce petit air mélancolique qui plaît aux femmes.
Ça alors, vous me draguez ?
Hé là, hé là !
Excusez-moi, c’était une boutade.
Une boutade. J’ose espérer que vous pouvez faire mieux.
Oui, je peux faire mieux, mais pas cette nuit, désolé.

Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube.

Pour désépaissir un peu le mystère de ce post, sans aller jusqu’à le rendre transparent… Ce petit livre est une sorte de complément de programme au Mr Gwyn du même Baricco-le-Grand, écriture a posteriori d’un roman imaginaire cité dans le premier (vous suivez ?).

Ces pages racontent une histoire vraisemblable qui, toutefois, ne pourrait jamais se produire dans la réalité… [Ces trois histoires] décrivent en effet deux personnages qui se rencontrent à trois reprises, mais chaque rencontre est à la fois l’unique, la première et la dernière. Ils peuvent le faire parce qu’ils vivent dans un Temps anormal qu’il serait vain de chercher dans l’expérience quotidienne. Un temps qui existe parfois dans les récits, et c’est là un de leurs privilèges.

Extrait de la préface.

Ce livre est un léger bijou qui s’enchasse parfaitement dans l’autre, plus précieux, dont j’avais omis de parler sur Irregular. Alors je me rattrape, avec le bonus de cette image elle aussi fatale et hors du temps à plus d’un titre.

Les inventions oubliées :
aujourd’hui, mythes et légendes du 9-3

Photo © Ernesto Timor

shot: jul 04 | reprinted: today | montreuil, outskirts of paris | suburbs fairy tales

Les hasards virtuels m’ont permis de recroiser Liuw, que je photographiai par les rues de Montreuil il y a 11 ans déjà. Prétexte à dépoussiérage d’archives enfouies, ah dis donc tout a muté en douceur, la jeune fille d’antan mais aussi la ville-jungle qui alors m’était aimable, et ma manière de photographier… enfin je crois, non ?
Mini-séquence Beauty & the Beast, comme une version restaurée d’un très court métrage !




Indélébile, va

Photo © Ernesto Timor

shot: oct 10 | reprinted: today | near paris | you bitch

 

Qui de cette saillie de Beckett ou de cette fesse tatouée (ceci n’est pas une blague au feutre) fut la première à occuper ma pensée du soir ? En tous cas, ça me plaît de les percher côté à côte, deux savoureuses méchancetés qui s’adoucissent un peu l’une l’autre, au final…

Il se fit dans leurs idées peu à peu une grande clarté. En furent notamment inondées les notions suivantes :
(…)
10. Contrairement à une opinion répandue, il y a des endroits dans la nature d’où Dieu paraît absent.
11. Que ferions-nous sans les femmes ? Nous prendrions un autre pli.
12. Âme a trois lettres et une ou une et demie et même jusqu’à deux syllabes.
13. Que peut-on dire sur la vie que l’on n’ait pas dit déjà ? Beaucoup de choses. Qu’elle vise mal du cul, par exemple.

Mercier et Camier, Samuel Beckett.


Les attractions nécessaires :
aujourd’hui, cheminer avec vous (et vous, et vous, et vous…)

0507-bligny-laet8819

shot: jul 05 | reprinted: today | distant outskirts of paris | let’s have a dance

Version adoucie d’une de mes images d’antan, dont le temps m’a rendu quelque peu idolâtre (les pieds des femmes, les yeux des arbres, la fragilité du mouvement… les ingrédients de ma satisfaction se résument à peu de chose !). De surcroît, il s’agissait d’une image de la série L’ouvreuse, alors publiée pour le programme de saison 2005 du Théâtre de Bligny et qui fut par exemple ré-exposée (petit lien pour le plaisir de la téléportation dans l’espace-temps). Tout cela, c’est des souvenirs qui comptent…

En parlant de liens, c’est justement de cela que je voulais vous entretenir, ne quittez pas ! Lire la suite

Voir à quoi s’adonne(nt)…

Photo © Ernesto Timor

shot: dec 14 | printed: today | lyon | lost in inversion

 

Un jour j’irai vers l’irréel tester le matériel…

(Le mieux reste* de l’écouter : Bashung, L’irréel.)



*Seuls les très grands fans d’Irregular, dotés d’une excellente mémoire de surcroît, sont susceptibles de me faire remarquer (quoique même les très grands fans m’écrivent peu ou pas) :
— Hey, Ernesto, tu te fous pas un peu du monde ? Bon la photo elle a l’air nouvelle (quoique suspecte) mais le titre du post ? et la chanson hein la chanson ?
Je répondrai :
— En effet. Déjà il y a 5 ans, je disais pareil, sous un autre prétexte (ne cherchez pas, c’est ). Et alors ? j’ai envie de dire… Si on ne peut même plus fredonner les rengaines qui vous collent à la peau…

Les feuilles mortes…

Photo © Ernesto Timor

shot: feb 06 | reprinted: today | near paris | uncommon girl from earth (series)

La date fatidique de mon anniversaire toque du groin au carreau et, plus ça va, moins c’est facile d’en rire ! Et si la photographie me tenait grisante compagnie, tiens ?! Tant qu’à taquiner les frangines nostalgie et mélancolie, je décide de me pencher sur mes valeurs sûres (?) plutôt que de tenter une prise de vue de la dernière pluie. Lire la suite

Transit (Un livret de la collection Parcours en marge)

Photo © Ernesto Timor

shot: mar 08 | reprinted mar 14 | outskirts of paris | ground q4 (series)

Réédition augmentée d’une séquence parue en 2008 dans la collection Parcours en marge.

Photographié dans les entrailles d’un échangeur périphérique, à la limite exacte de la gare de bus internationale. Avec le beau Serge…
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